L'Adversaire - Emmanuel Carrère

Le 29/08/2014 à 12h25 - Par Malou


Aux yeux de ses amis et de sa famille, Jean-Claude Romand mène une vie exemplaire. Pourtant, le 9 janvier 1993, il tue de sang-froid sa femme, ses deux enfants et ses parents. On découvre alors un imposteur qui s'est inventé une vie de toutes pièces.

L’auteur est connu.

Reconnu même. Dernièrement, il a fait la Une de Télérama pour la sortie de son dernier roman Le Royaume ; Emmanuel Carrère fait parti de ceux qui, quand ils sortent un roman, font le bonheur des libraires. (Un peu comme Marc Lévy et Musso sauf que l’analogie s’arrête là… Le talent ne se compte pas uniquement en euros !)

De lui j’ai déjà lu D’autres vies que la mienne qui m’avait laissé une impression mitigée, du moins sur le coup. L’Adversaire a eu sur moi le même effet.

(Les phrases qui vont suivre risquent d’apparaître paradoxales et je m’en excuse d’avance.)

Je ne prends pas un plaisir surdimensionné (oui quand je lis, ça peut atteindre vite des hauteurs de bonheur absolu chez moi) à plonger dans l’univers créé. Limite parfois je m’y trouve presque mal à l’aise. Parce que c’est cru, vrai. Parce que l’auteur écrit juste mais peut-être trop justement. Dans les écrits d’Emmanuel Carrère, il n’y a pas d’emphase. Pas d’effet de style.

C’est un peu comme s'il ne cherchait rien, n’attendait rien.

Et pourtant…

J’ai pleuré sans même m’en rendre compte, dans le tramway, comme une cruche, mouillant les pages de D’autres vies que la mienne  et j’ai eu le cœur serré au cours de mon intrusion dans le quotidien de Jean Claude Romand.          
Parce que c’est de cela qu’il s’agit dans L’Adversaire. De la tragédie morbide qui a poussé cet homme à tuer toute sa famille pour ne pas voir révélé que sa vie entière était un leurre. Qu’il n’avait jamais été médecin à L’OMS, ni même médecin tout court. Ce fait divers absolument sordide qui avait fait les gros titres dans les années 90.

Je connaissais l’histoire dans les grandes lignes, j’avais même du voir la bande annonce du film inspiré du livre, et pourtant je ne m’attendais pas à ça. Pas à cette violence dans la description et ce dès les premières pages (le passage sur le corps des enfants dans les sacs gris, a du mal à sortir de mon cerveau).

Emmanuel Carrère est très méticuleux dans ses recherches. Très pointu. Son expérience journalistique est palpable, tant le sujet est maîtrisé. Il a correspondu avec Jean-Claude Romand, a côtoyé ses proches, ses amis.

Il a cherché à comprendre mais sans juger, jamais.

Et c’est peut être cela qui me dérange dans ses livres. Dans les deux romans que j’ai lu de lui (deux ouvrages ne font pas une bibliographie complète je le sais bien) il exprime son avis, sans complaisance mais reste tout de même neutre, ce qui est à mes yeux un exercice tellement difficile que je crois que je ne le comprends pas. De plus sa faculté à mettre les gens à nus me paraît parfois presque indécente…

Je crois, au final, que cet auteur est bien trop doué pour moi. Et pourtant je pense que je lirai son dernier opus, j’avais prévenu que je serai paradoxale, parce que même si le plaisir n’est pas immédiat, ses écrits restent quelque part dans ma tête et j’ai l’impression de ressortir de chacune de mes lectures plus instruite.

  


critique Emmanuel Carrère l'Adversaire livre

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Réactions

l'autruche - 29/08/2014 à 16h24

Oh, il me fait exactement le même effet !

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