Etre

Le 20/11/2015 à 16h13 - Par Malou


En attendant l'aube...

En janvier suite à la folie humaine j’ai doublé mon nom. Je suis restée moi mais je suis aussi devenue Charlie.
Je le suis toujours.
Le 13 novembre est arrivé et brusquement, violemment je suis devenue Paris, Génération bataclan, génération debout… et aujourd’hui ? Je ne sais plus trop. 

Je crois que je suis…

Aphone.

Privée de voix. De ma voix. L’écriture. C’est mon truc à moi. Mon arme. Mon bouclier plutôt. Brandir les mots pour comprendre la réalité, pour essayer de l’édulcorer, de la réinventer aussi. J’ai écrit lors des attentats de janvier. J’ai écrit aussi lorsque le corps du petit Aylan a hanté mes nuits.

Un peu en vrac. Un peu comme un exécutoire. Sûrement parce que mis noir sur blanc tout cela devenait plus concret. Parce qu’en me forçant à agencer ma pensée je me donnais la possibilité de comprendre. Mais aussi pour ne pas oublier. Pour empêcher mon esprit d’enfouir tout ça trop loin et me donner la possibilité de relire mes mots, mes émotions quand le quotidien aurait repris ses droits. C’est important de pouvoir se souvenir des choses à l’état brut.

Depuis vendredi j’ai allumé l’ordinateur maintes fois. J’ai ouvert mes carnets. j’ai fait tourner mes crayons entre mes doigts. Mais rien n’est sorti ou presque.

Peut être parce qu’il n’y a-t-il plus rien à dire. Peut être.

Peut être parce que le monde est devenu à ce point fou que les mots n’y peuvent plus rien. Peut-être

Peut être parce que mon cerveau se refuse à la moindre action. Parce que dans ce marasme de sentiments contradictoires il ne trouve pas la force de faire des phrases. Peut être.

Ou alors tout simplement parce que je suis…

Furieuse.

Et cette colère me tétanise. Je suis pas quelqu’un habituée à ces sentiments. Et pourtant depuis vendredi soir je sens comme une rage incontrôlable en moi. J’en veux à la terre entière. J’en veux aux gens pour qui la vie des autres n’est rien. A ceux qui bafouent la religion. A ceux pour qui l’argent a une valeur qui prévaut sur l’humain. A ceux qui pensent qu’on a le droit de vie et de mort sur les autres. A ceux qui profitent de la situation pour déverser leur haine, pour se mettre en valeur. Pour tirer la couverture à eux alors que plus que jamais il faut être un.
Et j’ai peur qu’en écrivant, mes propos dépassent ma pensée. Me fasse tenir des discours qui ne sont pas les miens. Parce que je suis incapable de regarder tous ces visages qui ne souriront plus sans avoir envie de pleurer. Sans avoir envie d’hurler.
Parce que je lutte au quotidien pour gérer mes propres peur. Et que là, cet ennemi invisible me pétrifie. Et que je suis…

Terrorisée.

Ni plus, ni moins. J’ai du mal à dormir. Je suis prise de bouffée d’angoisse à des moments totalement improbables. Dans l’ascenseur. Dans ma voiture. Dès que mon téléphone sonne.

J’ai peur pour ma famille.

J’ai peur pour mes filles.

J’ai peur pour mes amis.

J’ai peur pour tous les gens que je croise.

J’ai peur pour ma ville.

J’ai peur pour pays.

Et j’ai peur pour moi. Pour ma vie. Pour mon avenir.

Parce que la menace est perfide. Que l’on sait désormais qu’elle peut nous atteindre à n’importe quel moment. Parce que je ne veux pas de ces lendemains d’angoisse. De grisaille et de suspicion.

Je voudrai que le show recommence. Je voudrai que les gens investissent les rues et les terrasses. Je voudrai être la première debout, en arrière scène, avec mon bloc et mon crayon pour faire ce que j’aime le plus au monde. Inventer des histoires. Comme réussissent à le faire tous ces gens dont je suis…

Fière.

Malgré tout il y a du bon dans tout cela. Des portes qui s’ouvrent. Des mains qui se tendent. Des voix qui portent haut. Des drapeaux qui flottent et qui veulent dire “unité” et non “exclusion”. “ Nation” et non “nationalisme”. “Fraternité” et non “racisme”. On a repris nos couleurs pour les mettre sur nos joues. Chanter la marseillaise n’est plus l’apanage du front national. C’est l’hymne de tout un peuple. C’est notre hymne. Et dans le package on a tout ressorti. Notre amour pour la vie, pour l’art, pour le rire et le bon vin. Hédonistes jusqu’au bout des ongles. Le français râleur et insatisfait. Pessimiste et ronchon a changé de costume. Désormais il est amoureux, concerné, fraternel. Jouisseur invétéré. Consommateur de bonheur. Et il est beau ainsi. A tenir son verre de vin malgré ses mains qui tremble un peu.

Je suis un peu de tout cela en ce moment. Je ne sais plus trop qui je suis. Je suis tout simplement perdue.




attentat je suis

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